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Pas de sortie de crise en vue après la virée du chancelier à l’OEA

Sans détour, vendredi 19 août, comme pour souligner qu’il n’y pas de sortie de crise en vue, Jacques Ted Saint Dic, membre du bureau de suivi de l’accord de Montana, pilonne au mortier ce qu’il appelle une « posture ». Le gouvernement en place et ses alliés « font semblant. Ils sont dans une posture de négociation », a-t-il soutenu vendredi, quarante-huit heures après le discours à l’OEA de Généus. Abonné aux belles métaphores, le chef de la diplomatie haïtien avait soutenu que « les portes du Premier ministre sont toujours ouvertes pour des propositions et des solutions consensuelles permettant de réconcilier la nation avec elle-même » et que « toute solution durable à la crise actuelle doit passer par un dialogue sérieux et inclusif qui prend en compte les aspirations des filles et fils de la patrie ».


Jacques Ted Saint Dic, qui pilonne les éléments de langage du gouvernement, dégaine une date. « Depuis octobre 2021, nous n’avons jamais pu terminer une séance de dialogue politique avec l’équipe au pouvoir et ses alliés du 11 septembre », a-t-il dit. « Ils font semblant de négocier, soit pour la consommation internationale, soit pour certains tenants de leur pouvoir en Haïti », croit savoir Jacques Ted Saint Dic qui se fend d’une anecdote sur une réunion avec des représentants de l’accord du 11 septembre. « Ils ne veulent même pas mentionner dans l’agenda de nos rencontres un point sur le rétablissement des trois pouvoirs de l’Etat », a conté Saint Dic. « Il faut que tout se fasse autour de M. Ariel Henry comme Premier ministre, et Montana devrait venir en support au gouvernement, malgré leur passif, cette année de gestion chaotique », a pesté Jacques Ted Saint Dic. « C’est le point de blocage », a-t-il affirmé, soulignant que « tant qu’ils n’auront pas pris la décision d’avancer sur ce point, il est difficile pour nous de reprendre le dialogue politique. »


Le gouvernement bloque tout

« C’est le gouvernement qui bloque l’Etat aujourd’hui… C’est à eux de prendre l’initiative d’avancer. Nous sommes là pour avancer avec M. Ariel Henry sur une base sérieuse », a accusé ce membre du BSA, comme pour indiquer que ce n’est pas du côté de l’accord de Montana qu’il faut chercher ceux qui ne sont pas « sérieux » et « inclusifs » par rapport au dialogue politique.


La coalition au pouvoir peut inviter d’autres entités politiques si elle le souhaite, a dit Jacques Ted Saint Dic. Il soutient n’être pas dupe. L’objectif de l’équipe au pouvoir est cousu de fil blanc. « M. Henry et ses alliés font durer le plaisir au pouvoir », « restent au pouvoir afin d'organiser des élections à leur profit exclusif ». « De l’instabilité résultera après ces élections-là », a prévenu Jacques Ted Saint Dic qui a soutenu qu’il faut « casser les relations politiques du pouvoir avec les gangs ». Pour Jacques Ted Saint Dic, l’international supporte ce pouvoir alors que le peuple haïtien aspire à une rupture.


Le PM Henry doit aller vers les protagonistes

Si Jacques Ted Saint Dic évoque une posture de négociation de l’équipe au pouvoir, Liné Balthazar, président du PHTK, a d’abord « salué l’esprit d’ouverture à des solutions consensuelles exprimées au prime abord dans les propos du chancelier ». Pour lui, « la volonté exprimée par le gouvernement, à travers les déclarations du chancelier, d’initier un dialogue inclusif avec les forces politiques est pour nous un signe ». Vocale et limpide, il y a plusieurs semaines à la matinale de Magik 9 (100.9 fm), Balthazar soutient que la recherche d’une nouvelle entente devrait se poursuivre par Ariel Henry. « Le Premier ministre Henry dirige un gouvernement d’exception qui a pour seule et unique mission de créer les conditions politiques et sécuritaires pour transmettre le pouvoir à des élus légitimes issus d’élections inclusives et transparentes. Une nouvelle entente entre le gouvernement et les acteurs politiques et sociaux est nécessaire et obligatoire sur la date et les modalités d'organisation des prochaines élections », a insisté Liné Balthazar qui voit plus qu’un Premier ministre avec les portes ouvertes. Il croit que le neurochirurgien devrait être pèlerin.

« Le Premier ministre ne doit pas se contenter seulement d’ouvrir une porte, mais il doit surtout aller à la rencontre des protagonistes pour rechercher cette entente nationale susceptible d’ouvrir la voie à une transition réussie », a conseillé Balthazar qui, comme Jacques Ted Saint Dic, sait comment pilonner. Il a descendu en flammes la commission de négociation de l’accord du 11 septembre et évoqué sa compréhension de la notion de dialogue « sérieux » du chancelier Jean Victor Généus.


« De quel dialogue s’agit-il ? S’il fait référence à la dernière commission de négociation mise en place par le Premier ministre, le chancelier a raison, ce n’est pas sérieux. Cette commission n’aidera pas à résoudre la crise, parce qu’elle est composée de personnalités qui sont à la fois juges et parties. Cette commission de négociation qui s’est autoproclamée « commission de dialogue » ne peut en aucune façon inspirer confiance aux acteurs clés de la crise », a indiqué le président du PHTK qui attire l’attention sur la nécessité d’agir face à la dégradation des conditions de vie de la population.


Situation volatile et gouvernement et un examen en octobre

Pour Liné Balthazar,« la dégradation des conditions de vie liée à l’inflation, à la décote de la gourde, à la rareté de carburant, etc… constitue la principale menace pour le pouvoir en place ». « Nous vivons une situation volatile qui peut exploser à la moindre étincelle et cela sans aucuns mots d’ordre politiques », a-t-il prévenu avant de partager son analyse de la résolution 2645 du Conseil de sécurité de l’ONU qui tient en un mot : un « examen ». « Le gouvernement doit rendre un rapport au Conseil de sécurité sur l’état d’avancement d’un processus politique devant conduire à des élections pour le renouvellement du personnel politique. Le gouvernement doit subir un examen oral devant le conseil de sécurité à la mi-octobre », a estimé Liné Balthazar. « S’il (le gouvernement) obtient une mauvaise note, tout peut changer. Implicitement nous devons comprendre que la résolution 2645 n’est pas définitive », gage Liné Balthazar.


Prendre le Premier ministre au mot

Allié du Premier ministre, membre de la commission de dialogue de l’accord du 11 septembre et punching-ball préféré des pro-Jovenel Moïse et des déçus du SDP, Me André Michel, de son côté, s’aligne sur la lecture du chancelier Jean Victor Généus et invite à prendre le PM Henry au mot. « Je partage l’affirmation du ministre des Affaires étrangères. Le Premier ministre a toujours affirmé sa volonté de dialoguer avec les différents secteurs de la vie nationale. Je crois que les autres protagonistes de la crise ont intérêt à prendre le Premier ministre au mot », a dit Me André Michel, chevillé à un dialogue « inclusif ».

« Nous autres de la commission de dialogue du 11 septembre, avec le Premier ministre, nous optons pour un dialogue multilatéral et multisectoriel portant sur les vraies préoccupations du peuple haïtien, telles que: la sécurité et la lutte contre le kidnapping, la souffrance de la population marquée par l’augmentation du prix des produits de première nécessité et la montée vertigineuse du dollar expliquée principalement par l’absence de production nationale et d’investissements sérieux dans le pays, la question constitutionnelle pour éviter au pays de nouvelles crises, les élections et la nécessité de créer un environnement politique apaisé et rassurant dans le cadre d’une gouvernance consensuelle », a dit André Michel, soulignant que « les compatriotes qui ne le comprennent pas encore vont directement dans le mur ».


Nouvelle invitation au dialogue

L’avocat s’est fendu d’une nouvelle invitation. « Au nom de la commission, je les invite, encore une fois, dans un esprit patriotique et de respect total pour leurs positions, à la table du dialogue où toutes questions qui fâchent seront débattues dans une dynamique de compromis national », a dit Me André Michel, qui a pris le soin de souligner, comme une évidence, que les conditions ne sont pas encore réunies pour l’organisation des élections.

« L’objectif de toute transition dans un pays qui a choisi la démocratie comme système de gouvernement est incontestablement l’organisation des élections. Évidemment, a soutenu André Michel, on est tous d’accord que les conditions ne sont pas encore réunies pour l’organisation de ces élections ».


Pour Me André Michel, « la communauté internationale suit de près la situation politique actuelle ». « Tout le monde le sait. Personne ne va accepter que les autorités actuelles profitent de la situation pour rester en poste indéfiniment », a affirmé l’avocat, estimant que « ce serait une catastrophe pour la démocratie dans la région », comme débouter ceux qui disent que sa coalition fait durer le plaisir au pouvoir. « Le gouvernement doit donner à la communauté internationale la preuve de sa volonté d’organiser les élections. Le gouvernement doit d’abord donner cette preuve aux Haïtiens », a indiqué Me André Michel. Pour le moment, la sortie de crise n’est pas au bout du tunnel après la virée du chancelier à l’OEA.


Pour sa part, l'ex-sénateur Youri Latortue estime qu'« il ne suffit pas de dire à ses collègues que sa porte est toujours ouverte pour qu’elle le soit réellement». D’autant qu’en matière de leadership démocratique, «la disponibilité à l’autre ne se décrète pas par une formule, elle se prouve, et lorsqu’elle est prouvée, elle se ressent.» «L’emploi d’une locution tout juste plus jeune que Mathusalem a en général pour effet le contraire de celui recherché, à savoir que les salariés [les politiques dans ce cas] se doute t bien qu’il s’agit d’une phrase passe partout qui n’engage à rien, sauf donner le sentiment aux gens que l’on veut les endormir, avec quelques beaux mots clichés », a indiqué l’ex-sénateur, leader de AAA, parti de l’accord Montana/Pen modifié.


« Je crois que pour bien saisir la ruse de ces propos, il faut les situer dans un contexte managérial. Ils invoquent d’abord une relation de non-égaux. Car '' avoir sa porte ouverte'' fait penser à un cadre informel. Il est utilisé en politique de façon générique pour survoler les actions, sans s’engager », a ajouté Youri Latortue.


Avec le Nouvelliste


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